COMMENT: L’engagement du secteur privé sénégalais dans l’adaptation au changement climatique : Expériences d’IED Afrique dans le cadre du projet PRESA

Le secteur privé se pose en acteur clé de la lutte contre le changement climatique. C’est pourquoi son engagement est une priorité pour le projet PRESA1, dont l’une des ambitions est d’influencer la prise de décision pour l’adoption de politiques favorables à un développement résilient. Cependant, contrairement aux autres parties prenantes, promouvoir l’engagement du secteur privé a été relativement difficile pour diverses raisons au point qu’IED Afrique (Innovation, Environnement, Développement en Afrique) a dû changer de stratégie. Ce texte capitalise son expérience dans l’engagement du secteur privé au Sénégal.

Un contexte climatique qui n’épargne pas le secteur privé

Le changement climatique a une incidence considérable sur le développement socioéconomique des pays. En zones semi-arides, les différents scénarii et études ont démontré que la fréquence et l’ampleur des conditions climatiques néfastes évoluent, obligeant ainsi les efforts de lutte à s’inscrire dans une vision du développement plus résilient. Toutefois, cette vision ne peut se réaliser sans l’engagement de tous les acteurs, notamment ceux du secteur privé. En effet, selon Agrawala et al. (2013)2, c’est en grande partie des décisions prises par le secteur privé que dépendra le succès des pays dans le domaine de l’adaptation.

C’est dans ce contexte qu’une thématique axée sur la Promotion d’un environnement favorable à l’engagement du secteur privé dans l’adaptation et le développement résilient au changement climatique a été retenue dans le programme de recherche PRESA. Ce projet a pour objectifs de comprendre comment le secteur privé peut contribuer à la lutte contre le changement climatique et comment les entreprises peuvent s’adapter et tirer profit des nouvelles opportunités offertes par le phénomène.

La mobilisation des parties prenantes, un enjeu important pour PRESA

Au-delà d’une recherche de qualité, le projet PRESA mise sur l’engagement des parties prenantes pour atteindre de tels objectifs. C’est dans ce cadre qu’une plateforme de parties prenantes a été mise sur pied pour favoriser le dialogue et le partage des connaissances dans le but de faciliter la formulation inclusive des solutions pratiques et des politiques les plus appropriées pour un développement résilient. Toutefois, l’un des constats fait sur la plateforme PRESA du Sénégal est qu’elle ne compte presque pas d’acteurs du secteur privé dans sa composition.

Un début d’engagement du secteur privé difficile

Dans sa volonté d’engager le secteur privé dès le début du processus, IED Afrique a mis l’accent sur la mobilisation de structures ou d’organisations patronales considérées comme étant les plus représentatives et les plus influentes du secteur privé sénégalais. Toutefois, seule la Chambre de Commerce, d’Industrie et d’Agriculture de Dakar a pris part à l’un des ateliers avec les parties prenantes organisé par IED.

Constatant cette quasi-absence du secteur privé au début du processus devant aboutir à la mise en place d’une plateforme, IED Afrique a modifié sa façon d’inviter les acteurs du secteur privé. Ainsi, en plus d’une lettre d’invitation, chaque organisation patronale ou structure est contactée par téléphone pour s’assurer de sa présence. Ces efforts n’ont malgré tout pas permis de renforcer la présence du secteur privé. Face à cette situation assimilable à un manque d’intérêt, IED Afrique a décidé de mettre en œuvre une stratégie spécifique pour mobiliser le secteur privé.

Amélioration de la stratégie de ciblage

Au lieu de continuer à mobiliser des organisations patronales représentant généralement de grandes multinationales, IED Afrique a mis l’accent sur les organisations de producteurs, les chambres consulaires des zones semi-arides et les structures d’appui et d’encadrement des petites et moyennes entreprises (PME).

Au-delà de la volonté d’engager le secteur privé sénégalais, cette nouvelle orientation s’explique surtout par la nécessité de cibler les entreprises les plus sensibles aux risques climatiques. En mettant l’accent sur les PME, IED Afrique cible non seulement 90% des acteurs économiques du pays, mais se donne également la possibilité d’influencer les entreprises présentes dans les zones semi-arides du Sénégal, plus vulnérables aux évènements extrêmes.

Les premiers signes de changement

Ce changement de paradigme opéré par IED Afrique dans la mobilisation du secteur privé s’est traduit par un ciblage des acteurs et une redéfinition des activités d’engagement avec ces derniers. Ainsi, les rencontres individuelles et les contacts téléphoniques ont été privilégiés. Cette stratégie a permis d’avoir plus de présence d’acteurs économiques notamment des responsables d’organisations socioprofessionnelles mais aussi et surtout des chefs d’entreprises. De ce fait, il a été noté une participation significative aux ateliers ultérieurs du projet et dans les activités de recherche. C’est d’ailleurs à travers cette implication dans les activités de recherche que la maison des éleveurs de Saint-Louis a fait part à IED Afrique de sa volonté d’être appuyée scientifiquement dans l’organisation d’un atelier sur les impacts du changement climatique sur le secteur de l’élevage.

Prochaines étapes

Cet intérêt manifesté par les représentants des éleveurs de la région de Saint-Louis constitue sans nul doute un signe quant à la volonté de ces acteurs de s’approprier les futurs résultats de la recherche de PRESA, mais aussi et surtout, il semble refléter le début d’un changement d’attitude dans la lutte contre le changement climatique.

Dès lors que les acteurs directement affectés par le changement climatique expriment leur besoin de comprendre le phénomène, cela dénote immanquablement une volonté de faire face aux risques climatiques en ayant les informations scientifiques les plus appropriés. Partant de ce fait, le véritable défi pour IED Afrique est de mettre à la disposition de ces acteurs les connaissances scientifiques souhaitées dans des formats accessibles, compréhensifs et faciles à mettre en œuvre.

 

Par Mamadou Diop, chercheur associé pour le projet PRESA à IED Afrique

Image: Un entrepreneur rural qui collecte des œufs à vendre sur un marché local à Moudéri, au Sénégal. Par Lancelot Ehode / IED Afrique

  1. PRESA : ‘Promouvoir la Résilience Economique dans les zones Semi-Arides’ (en anglais, PRISE) est un projet de recherche appliquée visant à catalyser un développement inclusif et résilient face aux changements du climat dans les terres semi-arides. La vision de PRESA concernant la résilience face au climat est celle d’un développement économique et social qui élimine la pauvreté et accroit au maximum les capacités des populations à s’adapter au changement climatique. Ceci demande – une hypothèse du projet PRESA – d’identifier et de changer les mécanismes du développement économique, y compris les cadres institutionnels et la réglementation des marchés, et de trouver des compromis entre les différentes dimensions du développement dans les terres semi-arides et fragiles.
  2. Agrawala, S., Carraro, M., Kingsmill, N., Lanzi, E., Mullan, M. & Prudent-Richard, G. 2013. Participation du secteur privé à l’adaptation au changement climatique. Approches de la gestion des risques climatiques. Document de travail de l’OCDE sur l’environnement No. 39, 58p.